Réparer les vivants…. grâce à la mort des autres ?

Réparation

Réparation

J’invite tous ceux qui ne l’ont pas fait à écouter les « Répliques » de ce matin, où Alain Finkielkraut a longuement évoqué le sujet avec ses invitées. Le sujet du don d’organe est majeur dans notre société qui refuse la mort, et mes lecteurs auront sans doute en mémoire les films de Pedro Almodovar dont c’est pour certains un sujet récurrent (Tout sur ma mère, Parle avec elle). Ce qui frappait, dans la plupart de ces films, c’était surtout l’entrée en matière, et l’urgence ou plutôt l’impatience manifestée par les spécialistes des transplantations dès qu’un « possible » donneur se présentait, cette quête effrenée, face à une famille éplorée, de recueillir son consentement pour le prélèvement d’organes du défunt.

Pour sauver une vie, certes. Une vie qui, sans cette transplantation, serait en voie d’achèvement. Ou mettrait peut-être en péril, ailleurs, d’autres vies, puisque les organes font aussi, mais toujours ailleurs, l’objet de trafics souvent juteux.

Sans doute la mort cérébrale est-elle aujourd’hui médicalement reconnue comme la mort. Encore que tout le monde n’adhère pas à ce principe1. Mais elle fait peu de cas de notre corps (ce qu’illustre bien le film d’Almodovar « Parle avec elle » où l’héroïne finit par sortir de son coma, poussée par la vie qui est en elle.

A chacun selon sa conscience mais, pour ma part, je suis effarée par le constat de ce qui nous advient : sommes-nous donc devenus à ce point interchangeables et transformés, par le fait du prince, en catalogue ambulant de pièces détachées ? Car c’est bien ce qui peut nous arriver, à moins qu’on n’y prenne garde : si nous n’avons pas pris la précaution de nous inscrire sur le « registre des refus », notre corps ou celui de nos proches pourrait bien, en cas d’accident, être littéralement dépecé au profit d’un autre corps en attente de « réparation » puisque les soins ne sont plus suffisants, la loi de bioéthique actuelle présupposant que toute personne n’ayant pas manifesté son refus est donc consentante pour livrer ses organes.

Quelle idée nous faisons-nous donc de la vie, et quelle idée de la mort ?

Finkielkraut a fort justement évoqué une phrase de Michelet que je rapporte intégralement ici et à laquelle je souscrit complètement :

« Chaque homme est une humanité, une histoire universelle… Et pourtant cet être, en qui tenait une généralité infinie, c’était en même temps un individu spécial, une personne, un être unique, irréparable, que rien ne remplacera. Rien de tel avant, rien après ; Dieu ne recommencera point. Il en viendra d’autres, sans doute ; le monde, qui ne se lasse pas, amènera à la vie d’autres personnes, meilleures peut-être, mais sembla­bles, jamais, jamais »  Jules Michelet, Histoire de France, 1840. Histoire de France, t. IV, liv. VIII, chap. I (sur la mort du Duc d’Orléans, assassiné par les Bourguignons)

Inutile de préciser que ce qu’a pu écrire Jules Michelet en 1840 est pour moi complètement valide aujourd’hui encore et que je fais mienne sa sentence : je me considère irréparable (et incapable de réparer).

 

 

 

1Comme la famille d’Ariel Sharon…..

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Une réaction sur “Réparer les vivants…. grâce à la mort des autres ?

  1. Qu’est-ce que la mort, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce qu’est le temps, qu’est-ce que l’infini ?

    Si le Christ est ressuscité, la mort est vaincue pour ceux qui ont la grâce de croire.
    Pensons à ceux qui n’ont pas cette chance, que pouvons-nous leur dire ?

    Leur dire que la vie que nous connaissons est le résultat d’une rencontre entre une ovule et un spermatozoïde, invisibles à l’oeil nu. De cette rencontre se développe la vie. Il me semble qu’un élan vital (le latin traduisait âme par « anima mea » ), accompagne chaque créature créée car chacun d’entre nous, du virus jusqu’à la baleine, l’éléphant, le sage nous avons tous un rôle dans la Création. Nous sommes animés.

    La mort est-elle souffrance ou délivrance ? La chair lutte jusqu’à la fin pour vivre et la souffrance est la perception de cette lutte contre la partie du corps entrain de mourir. La souffrance c’est la vie, pas la mort.

    Je pense qu’il faut s’endormir dans le calme, la confiance pour un retour de notre « anima mea ». G.

    Pourrait-il y avoir une Création sans Créateur ? Je vous laisse y penser.

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