Cher Andreï Makine, merci !

tdfenfantsJ’aurais dû vous l’écrire il y a vingt ans déjà, après avoir lu votre Testament français qui m’avait, comme tant d’autres, complètement bouleversée. Votre essai auprès de Jean-Claude Schreiber m’a fait vibrer.
Il y a quelque chose d’étonnant dans cet amour presque inconditionnel que portent à mon pays, la France, certains étrangers qui en parlent la langue souvent bien mieux que ses natifs. Cela me stupéfie parfois, car je sais un peu ce qui en fait l’histoire et de quoi son peuple, à l’instar de tant d’autres, fut et reste capable.
Sans doute la France est-elle encore le plus beau pays du monde, et je le dis sans vanité pour en avoir visité beaucoup. Sans doute aussi a-t-elle livré au monde une image de grandeur, de culture, de beauté, de justice et de diversité qui rayonne encore de quelques feux. Mais qu’est-elle devenue, cette France tant aimée ?
Comme vous chaque jour je la vois malmenée par cette idéologie prégnante, issue de l’après-guerre qu’en quelques mots vous décrivez si bien et qui n’est pas loin de ressembler à ce que vous-même avez connu jadis en Sibérie. De ce point de vue, il semble presque évident que les souvenirs du Lieutenant Schreiber ne pouvaient avoir la moindre audience dans une France où ses contemporains Edgar Morin et surtout Stéphane Hessel, qui incarna en ses derniers instants le parangon de la « bonne parole », tenaient encore le haut du pavé de la « pensée morale ».
Ce Pays du lieutenant Schreiber qui est aussi le mien, vous en pointez précisément les failles. Et vous continuez pourtant de l’aimer. Vous évoquez, presque à juste titre, le fameux Colonel Chabert, même si un pas (énorme)  sépare le héros de Balzac du vôtre : Le premier avait in fine réellement tout perdu. Le second a mené une longue vie somme toute assez enviable, même s’il n’a pu faire partager tout ce qu’il avait réellement vécu.
C’est malheureusement souvent  le cas de héros véritables, comme c’est aussi celui de presque tous les survivants de l’horreur, revenus d’un enfer dans le quotidien paisible et affairé de proches qui n’ont peut-être pas envie d’entendre,  ou d’écouter,  ou tout simplement de les croire.
Sans doute aurez-vous rendu à ce héros son plus bel hommage. Il aura, dans votre démarche et dans votre accompagnement trouvé une dernière exaltation à une vie déjà très longue. Son histoire, grâce à vous, sera enfin connue. Et grâce à elle, d’autres comprendront, comme le dit bien votre ami Piotr, que leurs pères n’étaient pas seuls.

Quelles que soient vos désillusions, votre tristesse, aussi, vous savez pour la bien connaître que la France s’est toujours relevée du pire qu’elle ait vécu. Parce qu’il s’est toujours trouvé, chez elle, une poignée d’hommes capables, comme le Lieutenant Schreiber, d’engager leur vie pour la sauver de ceux qui l’abîment, la souillent ou même, comme aujourd’hui, la ruinent tout en prétendant le contraire. Ou de ceux qui, comme Mme T. se sentent (injustement) « blessés » à la lecture de votre livre.

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